Publié le 27/05/2011 03:52 | Marielle Merly

Les cartes postales font encore débat

tribunal

Me Laurent Belou, avocat du capitaine de gendarmerie chargé de l'enquête : « J'ai reçu un homme déstabilisé. Il ne comprenait pas ce qu'on lui reprochait. »/Photo DDM, archives
Me Laurent Belou, avocat du capitaine de gendarmerie chargé de l'enquête : « J'ai reçu un homme déstabilisé. Il ne comprenait pas ce qu'on lui reprochait. »/Photo DDM, archives
Me Laurent Belou, avocat du capitaine de gendarmerie chargé de l'enquête : « J'ai reçu un homme déstabilisé. Il ne comprenait pas ce qu'on lui reprochait. »/Photo DDM, archives

Dossier ubuesque hier, à la barre du tribunal correctionnel où trois personnes comparaissaient pour recel et suppression de correspondance par dépositaire de l'autorité publique. Le plaignant avait écopé d'une peine avec sursis pour l'envoi de 4 cartes postales osées, avant d'être relaxé en appel.

La partie civile était représentée par un ténor du barreau parisien, Me Jean-Paul Baduel, hier au tribunal. Son client Philippe Pissier, plasticien établi à Castelnau-Montratier, avait défrayé la chronique en mai 2009 ; il y comparaissait alors pour avoir envoyé quatre cartes postales montrant des photos de Castelnau agrémentées d'un montage. En l'occurrence une poitrine féminine dénudée et des pinces à linge pinçant les tétons. Au moment du procès, pour le procureur Éric Seguin, l'infraction d'atteinte à la dignité était constituée. Dans son réquisitoire, il avait demandé deux mois avec sursis.

Saisi par une citation directe, le tribunal a appelé, hier à la barre, les deux responsables de la Poste ainsi que le capitaine de gendarmerie, alors en charge de l'enquête. Il leur est reproché un délit de dénonciation mensongère, et recel de détournement de correspondance.

« Une employée choquée »

« Dans ce dossier, je demande au tribunal de statuer sur l'abus de pouvoir. Ce n'est pas un trafic de stupéfiants, c'est une vision esthétique des choses, avance Me Jean-Paul Baduel. La cour d'appel d'Agen a estimé qu'il n'y avait aucun caractère pornographique et a relaxé mon client. Suite aux cartes postales données physiquement par un postier à la gendarmerie, on a fait des perquisitions chez mon client. On lui a pris son ordinateur pour voir s'il n'y avait pas un site à caractère pornographique. L'expertise a conduit à la transformation sur CD-Rom de la mémoire de l'ordinateur. Elle a été placée sous scellé et toujours pas rendue. »

« Je ne suis pas à l'origine des poursuites, observe Thiffany Gamain, substitut au procureur. J'ai cru entendre que l'on replaidait la culpabilité ou non de M. Pissier. Il est innocent des faits pour lesquels il était poursuivi. Pour autant, est-ce que ça rend illégitime les enquêtes qui ont été diligentées. Faut-il mettre en cause la qualité du travail qui a été faite par les enquêteurs ? Sur le recel reproché au capitaine de gendarmerie, on est dans une situation extravagante : comment pouvait-il savoir que les cartes provenaient d'une infraction ? Je demande la relaxe. »

« Une employée a été choquée par ces cartes postales, rappelle un des responsables de la Poste. J'ai indiqué à la gendarmerie qu'il y avait à Cahors, des cartes postales particulières. Elles portaient atteinte à l'image de la femme. »

« Pour se faire reconnaître artiste, il y a le talent et il y a l'esclandre. Mon client a œuvré pendant des années au centre de recherche de Cahors, plaide Me Laurent Belou, avocat du capitaine de gendarmerie. Il n'apprécie pas qu'à cause d'une carte postale, Cahors soit connu dans le monde entier. M. Pissier est en train de mettre en place, par son raisonnement, un raisonnement totalitaire. M. Pissier doit faire la distinction entre le débat judiciaire loyal et la calomnie. Je trouve inacceptable qu'on puisse mettre sur le net une lettre qui traîne mon client dans la boue. Là on devient une société totalitaire. »

Le jugement a été mis en délibéré au 7 juillet.

 
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RÉACTIONS DES LECTEURS
Précisions (par Phil P. - 27/05/2011 22:29)

Je tiens à préciser que :
A, ligne 3, ce n'est pas :
"recel et suppression de correspondance " mais "détournement de correspondances et recel de correspondances détournées"
B, paragraphe 2 , on lit : "l'infraction d'atteinte à la dignité était constituée". J'étais inculpé via l'Article 227-24 du Nouveau Code Pénal, ce n'est pas tout à fait "la même chose".
C, paragraphe 4 : on lit "On lui a pris son ordinateur pour voir s'il n'y avait pas un site à caractère pornographique". La réalité plus crue : l'on a fouillé mon ordinateur dans l'espoir d'y trouver des éléments pédopornographiques, et d'ainsi pouvoir consolider un dossier à la fois vide et burlesque.
D,paragraphe 5 : "Sur le recel reproché au capitaine de gendarmerie, on est dans une situation extravagante : comment pouvait-il savoir que les cartes provenaient d'une infraction ? Je demande la relaxe." Comment pouvait-il le savoir, en effet ? si ce n'est en lisant le Code Pénal (et son article 432-09),puisque, paraît-il, "nul n'est censé ignorer la loi", et encore moins ceux chargés de la faire respecter.
E, "Elles portaient atteinte à l'image de la femme." C'est quoi déjà, le chiffre d'affaires de La Poste, relatif à l'acheminement de brochures pornographiques sous pli discret ?
F, "Pour se faire reconnaître artiste, il y a le talent et il y a l'esclandre." Mon brave, j'ai des oeuvres dans des musées au Luxembourg, en Russie, en Grande-Bretagne...
G, "Il n'apprécie pas qu'à cause d'une carte postale, Cahors soit connu dans le monde entier". Bah, je crois qu'il a pas terminé de pleurer.
H, "M. Pissier est en train de mettre en place, par son raisonnement, un raisonnement totalitaire". Moi aussi j'ai entendu dire qu'Anne Frank voulait préfacer "Mein Kampf".
I, "Je trouve inacceptable qu'on puisse mettre sur le net une lettre qui traîne mon client dans la boue." Non, il s'agissait de rappels de faits à l'intention de son supérieur hiérarchique.
Bonjour chez vous !
Philippe Pissier

 

http://www.ladepeche.fr/article/2011/05/27/1091745-les-cartes-postales-font-encore-debat.html