Je me dois donc de résumer cette affaire qui démarra au début du mois de juillet 2008, laquelle affaire eut les honneurs de la presse jusqu’au Mexique et en Corée du Sud. Pour des raisons de place, je n’énumérerai pas tous les détails ubuesques et kafkaïens de l’histoire : les esprits curieux pourront avec profit consulter la rubrique « Article 227-24 & Montage Policier » de mon blog d’archives : http://pissierarchives.canalblog.com/

 

En raison de quatre cartes postales érotiques (des seins ornés de pinces à linge) expédiées pour les besoins d’une exposition de mail-art (ou art postal, voyez ce terme sur Wikipédia) en Allemagne, je me retrouve convoqué en mon village par la Brigade de Recherches de la Gendarmerie de Cahors (qui ne prendra évidemment pas la peine de se présenter). J’y apprends avoir violé le fameux et fumeux article 227-24 du Nouveau Code Pénal, l’un des cinq articles dont la LDH désire l’abrogation, lequel stipule qu’il est puni de 3 ans fermes et de 75.000 euros d’amende le fait de « diffuser par quelque moyen que ce soit et quel qu'en soit le support, un message à caractère violent ou pornographique ou de nature à porter atteinte à la dignité humaine, susceptible d'être vu ou perçu par un mineur ». Le mot « susceptible » a son importance, il permet au droit de flirter avec le virtuel, quand ce n’est pas avec l’imaginaire le plus délirant.

 

Dans le cadre de cette audition, je fais l’objet d’un chantage “garde à vue contre autorisation de perquisition“ de la part des individus qui m’auditionnent (en outre, perquisition pour rechercher quoi ? des pinces à linge ?). Je rappelle que cela se passait dix jours avant l’inauguration d’une exposition internationale prévue depuis neuf mois. J’étais épuisé, et la perspective d’une garde à vue “renouvelable à discrétion“, telle qu’on me l’a dépeinte, ne m’a guère enchanté. C’est pourquoi j’ai choisi de me débarrasser de ces braves gens au plus vite.

 

Je fus jugé à Cahors le 14 mai 2009. Mon avocat, Maître Jean-Paul Baduel insista pour l’annulation de toute la procédure, pour l’excellente raison qu’on ne peut fonder une procédure sur un délit. Lequel délit est bien évidemment celui visé par l’article 432-09 du Nouveau Code Pénal, à savoir le détournement de mes correspondances par Jacques Teulier, directeur adjoint du centre de tri postal de Cahors. Délit qui sera également revendiqué, en sa déposition, par Pascal Borie, directeur du susdit centre. Délit que ces singuliers personnages prétendent en outre justifier au nom d’articles législatifs ou réglementaires… qui n’existent pas. Ils ont donc à la fois violé leur serment d’agent postal, violé l’article 432-09 du Code Pénal, et en outre fait de fausses déclarations à la justice afin de nuire à un innocent – ce qui ne semble pas témoigner d’une grande moralité.

 

Le 25 juin suivant, j’apprenais être relaxé pour ce fameux article 227-24 (qui fait décidément couler beaucoup d’encre ces derniers temps). J’ai, pour ma part, porté plainte contre Jacques Teulier pour détournement de correspondance, contre Pascal Borie pour détournement de correspondance et dénonciation mensongère, et contre le lieutenant Jean-Marc Lazerges pour recel de correspondance détournée. La dernière fois qu’une affaire de cette nature s’est produite dans le monde du “mail-art“, c’était en 1980. Elle concernait le courrier d’un certain Jürgen Gottschalk. Cela se passait en Allemagne de l’Est.

 

Depuis la date de ma perquisition, je n’ai toujours pas récupéré mon ordinateur dont on m’a privé (histoire de le fouiller pour y trouver de la pédophilie, tant qu’on y est). Des lettres de mon avocat me sont parvenues ouvertes puis rescotchées.

 

Messieurs Lazerges, Teulier et Borie s’expliqueront (s’ils viennent) au Tribunal Correctionnel de Cahors le jeudi 26 mai prochain à 14 heures. Venez donc. Il faut voir Maître Baduel plaider une fois dans sa vie.

 

Je finis en précisant que je ne souhaite à personne d’être pris dans le “vortex“ d’un dossier aussi rocambolesque – et monté, cela va de soi, avec les sous du contribuable.

 

Philippe Pissier