Bonjour à tous et à toutes, amis, soutiens divers et variés, ou simplement curieux.

Mon affaire, dont vous connaissez sans doute la genèse (dans le cas contraire, je vous renvoie à ce récapitulatif rédigé en octobre 2008 : http://pissierarchives.canalblog.com/archives/2008/10/26/11105950.html), a été jugée le 14 mai 2009 au Tribunal Correctionnel de Cahors. Le délibéré a eu lieu le 25 juin.

MailArtbyRCBz_USA_2010

(Mail-Art by RCBz, USA, 2010.)

Cette affaire va plus loin que l’usage retors du fameux et fumeux article 227-24 du Nouveau Code Pénal (affaire Oleg Kulik, affaire “Présumés Innocents“ à Bordeaux, etc.).

Quelques semaines avant l’audience, je suis informé de ma convocation pour TROIS chefs d’inculpation, et non pas UN (ces satanées cartes postales).

Les voici :

“Avons informé l'intéressé qu'il lui est reproché : Natinf : 012217 d'avoir à CAHORS (46), le 26 mai 2008, en tout cas sur le territoire national et depuis temps n'emportant pas prescription, diffusé par quelque moyen que ce soit et quel qu'en soit le support, un message à caractère violent ou pornographique ou de nature à porter atteinte à la dignité humaine, susceptible d'être vu ou perçu par un mineur. Prévu(e) par : ART. 227-24 C. PENAL Réprimé(e) par : ART. 227-24, ART. 227-29, ART. 227-31 C. PENAL.“

Natinf : 10765 d'avoir à CAHORS (46), le 25 juillet 2008, en tout cas sur en tout cas sur le territoire national et depuis temps n'emportant pas prescription, transmis sans son consentement, l'image de Baumont Sabine se trouvant dans un lieu privé. Prévu(e) par : ART. 226-1 AL. 1 2° C. PENAL. Réprimé(e) par : ART. 226-1 AL.1, ART. 226-31 C. PENAL.“

Natinf : 000089 d'avoir à CASTELNAU MONTRATIER (46), le 03 juillet 2008, en tout cas sur le territoire national et depuis temps n'emportant pas prescription, détenu sans autorisation une arme de la 04ème catégorie et leurs munitions en l'espèce un fusil à pompe de marque MAVERICK n° MV46569B cal 12 et 07 cartouches de chevrotine, 09 grains cal. 12. Prévu par : ART.L.2339-5 AL.1, ART.L.2336-1 §12°, ART.L.2331 -1 C. DEFENSE. ART.231°, ART.24, ART.25, ART.26, ART.27, ART.28, ART.45 DECRET 95-589 DU 06/05/1995. Réprimé par : ART. L. 2339-5, AL.1, AL.3 C. DEFENSE.“

Le chef d’inculpation n°3, détention d’un fusil à pompe, provient de la découverte de cet objet lors de la perquisition de mon domicile par moi autorisée. Je signale que j’ai une autorisation de la Préfecture.

Je rappelle que j’ai fait l’objet d’un chantage “garde à vue contre autorisation de perquisition“ de la part des individus qui m’ont auditionné (en outre, perquisition pour rechercher quoi ? des pinces à linge ?). Je rappelle que cela se passait dix jours avant l’inauguration d’une exposition, la première édition des Rencontres de l’Art Postal, sise en mon bon village de Castelnau-Montratier, exposition que je préparais depuis neuf mois. J’étais épuisé, et la perspective d’une garde à vue “renouvelable à discrétion“, telle qu’on me l’a dépeinte, ne m’a guère enchanté. C’est pourquoi j’ai choisi de me débarrasser de ces braves gens au plus vite.

Ne me dites pas que vous n’en feriez pas autant (nous savons tous que ce que l’on nomme pudiquement violation des droits fondamentaux n’est nullement l’apanage des pays en voie de développement).

Venons-en au deuxième chef d’inculpation, lequel était une énigme totale pour moi. Je n’avais nul souvenir d’avoir transmis l’image sans son consentement d’une de mes compagnes (Sabine Baumont, connue de nombre d’entre vous) avec qui je vécus sept ans, et qui fut mon modèle pour un grand nombre de photos fétichistes, également co-fondatrice avec Patrice Lamare, moi-même, et Omer Pesquer, de la revue “Offrande“ (ce fut d’ailleurs elle qui en trouva le titre, pour la petite histoire). Ce fut donc un véritable point d’interrogation dans ma tête avant que de découvrir le dossier (consultable ici : http://pissierarchives.canalblog.com/archives/2009/09/10/15022847.html).

Dossier ahurissant de bêtise et de malveillance, comme vous verrez. Il est opportun de parcourir icelui en ayant en regard les conclusions de mon avocat (ici – http://pissierarchives.canalblog.com/archives/2009/06/05/13971746.html – et ici – http://pissierarchives.canalblog.com/archives/2009/06/05/13970782.html).

Dossier, donc, dont je découvre la teneur dans les bureaux du susdit avocat parisien, l’excellent Jean-Paul Baduel, une semaine avant l’audience (lui-même l’ayant reçu la veille !).

J’apprends notamment de ce dossier que j’aurais contraint Mlle Sabine Baumont à poser pour des clichés SM sous la contrainte d’une arme à feu !

http://p4.storage.canalblog.com/47/45/363968/43811307.jpg http://p2.storage.canalblog.com/28/17/266698/43809518.jpg

Et que je la menaçais de mort pour qu’elle exécute mes “ordres“. Il va de soi que son témoignage, comme dit mon avocat, a été recueilli “dans des conditions qui restent à éclaircir“ par les gendarmes Dimitri Dal et Jean-Marc Lazerges, officiers de police judiciaire en résidence à Cahors. Avocat pour qui “la gravité des accusations semble avoir été largement suggérée de l’extérieur“. A une semaine de l’audience, je ne m’attendais pas à pareille chose et l’on conviendra qu’une semaine, c’est un peu court pour tenter d’obtenir les témoignages et attestations de tous les gens qui nous ont vu fonctionner en vie de couple, qui ont eu Sabine Baumont pour modèle, ou qui savent qu’elle est partie de chez moi, tranquillement, fin août ou début septembre 1998, et qu’elle ne s’est pas enfuie, par une nuit noire, en abandonnant ses affaires, en 1997, moi lui courant derrière avec un fusil à pompe.

Il y a décidément des gens qui ont un imaginaire très particulier.

Poursuivons quant à ce dossier. L’on notera, en le lisant, que tout est fait pour me “flinguer“ et pousser n’importe qui à porter plainte contre moi sous n’importe quel prétexte, aussi ubuesque puisse-t-il être. On va voir le maire de mon village, on tente de le pousser à porter plainte contre moi : mes quatre envois nuiraient à l’image du village !  http://p5.storage.canalblog.com/52/06/266698/43810133.jpg

On va voir les éditeurs des cartes postales ayant servi de support à mes collages : mes quatre envois nuiraient à l’image de leur société ! ( http://p5.storage.canalblog.com/52/01/266698/43810177.jpg et http://p4.storage.canalblog.com/40/43/266698/43810325.jpg

Sociétés qui en plus se font du fric avec des cartes postales de cul d’une singulière vulgarité, destinées aux “beaufs“, et présentes sous les yeux des mineurs dans tous les présentoirs possibles et concevables. Ce que c’est beau, la moralité à géométrie variable !

Pour ce qui est des photos de Sabine Baumont, prétendument mises sur Internet sans son autorisation, il s’agit de celles figurant sur le site darkperfection.com, l’adresse exacte étant http://darkperfection.com/photographers/phillipe

Elles furent mises en ligne en 1998 (d’où la date de copyright figurant sur la page principale), au cours des derniers mois que nous passâmes ensemble. Je rappelle que nous avions toujours travaillé en collaboration étroite, et que je ne m’imaginais pas, à l’époque, devoir lui demander autre chose que son accord oral pour la publication Web d’une petite sélection de nos meilleurs clichés, sur une page gratuite qui plus est. Accord oral qu’elle n’aurait certes pu m’accorder en 1998 si elle s’était “enfuie“ un an plus tôt. Malheureusement pour cette plus que suspecte réécriture du passé, il existe des preuves et des témoignages de ce que Mlle Baumont a vécu chez moi jusqu’à la fin de l’été 1998.

Par ailleurs, il n’est venu à l’idée de personne que si j’avais forcé l’un de mes modèles à poser sous la menace d’une arme, j’aurais sans doute évité de donner son nom pour qu’on la retrouve et qu’elle porte plainte contre moi !

Le 14 mai, jour de l’audience – qui dura trois heures. Mlle Baumont brillait par son absence – comme c’est curieux. Idem pour ce qui est la Substitut du Procureur, Mme Isabelle Ardeeff, ayant ordonné l’enquête préliminaire. Maître Baduel insista pour l’annulation de toute la procédure, pour l’excellente raison qu’on ne peut fonder une procédure sur un délit. Lequel délit est bien évidemment celui visé par l’article 432-09 du Nouveau Code Pénal, à savoir le détournement de mes correspondances par Monsieur Jacques Teulier, directeur adjoint du centre de tri postal de Cahors. Délit qui sera également revendiqué, en sa déposition, par Monsieur Pascal Borie, directeur du susdit centre : même son de cloche. Délit que ces singuliers personnages prétendent en outre justifier au nom d’articles législatifs ou réglementaires… qui n’existent pas.

Le procès fut savoureux, la plaidoirie de Maître Baduel fut brillante. Au terme de l’audience, Monsieur le Procureur ne put s’empêcher de mettre l’accent, une fois de plus, sur les violences faites aux femmes, confondant une fois de plus une pratique sexuelle où règne le consentement avec le problème des femmes battues. Déviation qui d’ailleurs ne plut guère à l’une de mes anciennes compagnes, ex-femme battue justement, et qui manquera de se faire évacuer de la salle, par trois gendarmes, pour avoir coupé le charismatique Eric Seguin en plein réquisitoire…

Quoi qu’il en soit, le 25 juin suivant, j’apprenais être relaxé pour cette histoire de fusil à pompe, et pour ce fameux article 227-24 qui fait décidément couler beaucoup d’encre ces derniers temps (voir le numéro de “Beaux Arts Magazine“ de l’été 2009). Je crois donc qu’il s’agit là d’une bataille gagnée contre cet étrange retour à l’ordre moral qui sévit actuellement en Europe. Il est évident que cette régression de la représentation corporelle sur le vieux continent est due à l’invasion de l’hypocrite puritanisme anglo-saxon. Je vous remercie de vos soutiens divers et variés, et m’excuse par le présent procès-verbal de n’avoir pas été en mesure de répondre à tous les courriers de soutien qui me furent envoyés. Je remercie tous les journalistes (notamment Jacques Vanderplancke et Agnès Giard, parmi les premiers “présents sur les lieux“) qui, jusqu’au Mexique et en Corée du Sud, se sont mobilisés pour une cause qui n’est évidemment pas “ma“ cause, mais celle de tous ceux qui évitent d’avoir la mémoire courte.

Quoi qu’il en soit, reste que le Tribunal, ne voulant point se totalement déjuger, m’a néanmoins condamné à 1000 euros d’amende plus 450 euros de frais de justice, pour ces antiques photos sur le Web.

J’ai donc fait appel et, parallèlement, porté plainte contre le sieur Jacques Teulier pour détournement de correspondance, contre le sieur Pascal Borie pour détournement de correspondance et dénonciation mensongère, et contre le sieur Jean-Marc Lazerges pour recel de correspondance détournée (voir courrier de Maître Baduel en date du 16 juillet 2009 : http://pissierarchives.canalblog.com/archives/2009/11/13/15782606.html).

Ce qui fait de moi le premier mail-artiste à traîner en correctionnelle un directeur de centre de tri. Historique, non ?

Ah, l’histoire, cette édifiante discipline. A ce que j’en ai appris par Stéfanie Schwabe (doctorante en histoire et critique des arts, Université Rennes 2, CITRA Paris), la dernière fois qu’une affaire de cette nature s’est produite dans le monde du “mail-art“, c’était en 1980. Elle concernait le courrier d’un certain Jürgen Gottschalk. Précision qui donne le vertige : cela se passait en Allemagne de l’Est.

Par ailleurs, je n’ai toujours pas récupéré mon ordinateur (saisi, je le rappelle, car on souhaitait notamment y trouver des photos pédo-pornographiques !), en lequel se trouvent notamment des textes et ouvrages traduits, devant paraître aux Editions ESH (Bruxelles), avec lesquelles j’ai signé contrat courant 2008. Ayant sollicité du Greffe, fin juin ou début juillet 2009, la restitution de mon bien, l’on (Mme Brigitte Leray) m’a répondu que celle-ci n’aurait lieu qu’à l’issue de la procédure d’appel (voir courrier de Maître Jean-Paul Baduel en date du 24 juillet 2009 : http://pissierarchives.canalblog.com/archives/2009/11/13/15782660.html).

J’étais donc condamné à continuer d’exercer mon activité professionnelle dans des conditions épouvantables, jonglant avec les clés USB et les ordinateurs disponibles chez des particuliers ou à la Bibliothèque Municipale de Castelnau-Montratier. Par chance, grâce aux amis Hélène Lechevalier et Kelvin Kert, j’ai pu récemment récupérer un iMac. Cela dit, je n’ai toujours pas de connexion à domicile.

En outre, je me permets de signaler que des lettres de mon avocat me sont parvenues ouvertes puis rescotchées.

Si j’avais mauvais esprit, je pourrais presque croire que l’on œuvre à ma mort sociale.

Quoi qu’il en soit, je suis passé en Cour d’Appel à Agen le11 février 2010 et ai été, par arrêt du 18 mars 2010, intégralement relaxé des poursuites. Nous sommes en avril 2010 : pas de nouvelles de mes plaintes. Maître Baduel a écrit au Directeur Général de la Gendarmerie Nationale afin de solliciter l’ouverture d’une enquête disciplinaire à l’encontre du lieutenant de gendarmerie à l’origine de toute l’opération (http://pissierarchives.canalblog.com/archives/2010/05/12/17873296.html).

Comme vous l’avez d’ores et déjà compris, la lutte continue. J’ai tardé à rédiger ce texte pour vous mettre au courant, mais je n’ai pu faire autrement que passer un certain temps à “décompresser“, comme l’on dit. Et à mettre de l’ordre dans mes idées, car vous conviendrez que c’est là une nécessité lorsque l’on est pris dans le “vortex“ d’un dossier aussi rocambolesque – et monté, cela va de soi, avec les sous du contribuable.

En vous remerciant encore,

Philippe Pissier.